Dossier : Financement des doctorants

Financement des doctorants

Pour tout-e doctorant-e, le financement de sa thèse est bien souvent l’une des conditions les plus importantes afin de mener à bien son travail de recherche. Il existe aujourd’hui quatre principaux financements : le contrat doctoral (délivré par l’université), la convention industrielle de formation et de recherche (CIFRE), le financement relevant d’un organisme de recherche (fondations, instituts, etc) et l’allocation délivrée par une collectivité territoriale. Il est à noter que l’ancienne « allocation de recherche » a été remplacé par le contrat doctoral, la contractualisation amenant chaque doctorant-e contractuel-le à être non plus boursier-e de son école doctorale mais salarié-e de son université.

Des financements inégaux et trop peu nombreux

D’après une étude[1] menée auprès des écoles doctorales en 2012 par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, seuls 66,6% des doctorant-e-s sont aujourd’hui financé-e-s dans le courant de leur thèse. Si le chiffre est stable depuis cinq ans et souvent vu comme positif pour le ministère, il est à nuancer pour plusieurs raisons.

En premier lieu la répartition de ces financements est particulièrement inégale selon les filières et les universités. Si les sciences dures atteignent régulièrement les 80% de doctorants financés, ce n’est pas le cas pour les sciences humaines et sociales (SHS) qui se contentent souvent d’un taux à 50% environ. Bien souvent ces inégalités s’expliquent par une vision biaisée de la recherche publique qui verrait en certaines filières une plus forte rentabilité, notamment par l’innovation industrielle.

Par ailleurs, le contrat doctoral, statut le plus protecteur parmi les différents financements (bien souvent le plus élevé notamment) n’est pas la norme à l’université. En effet, seuls 33% des doctorant-e-s inscrit-e-s en première année de thèse sont concerné-e-s par ce contrat.

Encore aujourd’hui, plus de 35% des doctorant-e-s sont privé-e-s de financement afin de mener à bien leur travail de recherche. La baisse des effectifs en doctorat, observée depuis maintenant une dizaine d’année n’est évidemment pas étrangère à cet investissement à minima dans l’accompagnement financier des étudiant-e-s-chercheur-e-s.

Notons enfin que certaines collectivités territoriales ont depuis plusieurs années proposées de financer des doctorant-e-s dans leur thèse, notamment par le biais des conseils régionaux. Ce dispositif concernait à la rentrée 2012 près de un-e doctorant-e sur dix (8% des effectifs). La baisse constante des dotations envers ces collectivités a eu pour effet de voir ces financements baisser, et donc les doctorant-e-s en payer le prix par une baisse des contrats alloués.

 

La FENEC revendique :

  • Une égalité de financement entre les différentes filières de la recherche publique
  • Un réinvestissement significatif dans le financement des thèses en augmentant le nombre de contrats doctoraux, notamment par le redéploiement du Crédit Impôt Recherche (6 milliards d’euros)
  • L’augmentation des dotations d’Etat à destination des collectivités territoriales proposant des financements de thèses (particulièrement dans les Conseils Régionaux)

 

Un financement pour toutes et tous

La charte de Grenoble, texte fondateur du syndicalisme étudiant, a au mieux définis ce qu’était un-e étudiant-e : « un jeune travailleur intellectuel ». Cette définition est particulièrement parlante lorsque l’on évoque le travail d’un-e doctorant-e, qu’il soit sous contrat ou non. Elle doit nous permettre de rappeler que dans la mesure où l’on définit l’étudiant comme travailleur, celui-ci doit être accompagné par une allocation universelle individualisée, dont l’UNEF en a fait une exigence pour tous les étudiant-e-s de France.

Recherche personnelle, communication pour des colloques, publications d’articles, organisation de séminaire doctoraux… La réalité de l’étudiant-e-chercheur-e, c’est précisément de produire quotidiennement un travail scientifique, personnel ou collectif, au sein d’une université et d’un laboratoire de recherche. L’aspect professionnel du doctorat doit aujourd’hui être reconnu afin de revendiquer à terme le financement de toutes et tous les doctorant-e-s.

L’après-financement, un parcours du combattant

Le contrat doctoral, comme la plupart des financements précédemment cités, est limité à trois ans, soit la durée aujourd’hui arbitrairement donné à la thèse. Cette limitation du financement dans le temps est profondément injuste. La durée effective d’une thèse n’est pas de trois ans, en réalité moins de 35% des doctorants soutiennent une thèse en trois ans, la moyenne se situant plutôt aux alentours de cinq ans et demie.  Après ses trois années de contrat il reste donc a priori 2 à 3 années durant lesquelles le doctorant sera particulièrement vulnérable.

Les contrats d’ATER, difficiles à obtenir car trop peu nombreux, ne peuvent être une solution sur le court terme. De plus, leur faible rémunération et leur limitation dans le temps (un an) en fait aujourd’hui l’un des statuts les plus précaires de l’université. Les années s’intercalant entre la fin du financement et la soutenance doivent donc être protégés par une systématisation des prolongements de financement à partir du moment où le doctorant ou la doctorante a reçu une dérogation afin de continuer sa thèse.

L’après-thèse est également l’occasion pour les doctorant-e-s de vivre une période difficile, notamment dans l’attente d’un premier poste dans l’ESR. Les contrats de « Post-doctorat », sont soumis à la fois aux inconvénients des contrats doctorants, à savoir sur l’inégalité de leur répartition (58% en chimie, 18% en SHS) mais également aux inconvénients des ATER en ne proposant qu’un contrat limité dans le temps et mal rémunéré.

 

La FENEC revendique :

  • Une systématisation des prolongements de financements sur simple présentation d’une dérogation d’inscription après la troisième année de thèse.
  • Une revalorisation des rémunérations concernant les contrats d’ATER et de « post-doc » pour les doctorant-e-s et jeunes docteurs-esse.

 

 

 

[1] Voir l’étude en ligne « L’état de l’enseignement supérieur et de la recherche », 2012, Ministère de l’ESR, p. 80-81 : http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/etat_du_sup_en_2013/41/6/EESR_2013_Complet_116_web+index_250416.pdf

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