Comment améliorer la charte des thèses de votre université

Améliorer la charte des thèses de votre université

Le contenu de la charte des thèses peut varier selon l’établissement et elle a souvent une valeur symbolique. L’investissement des élu-e-s doctorant-e-s à la Commission de la Recherche est donc indispensable pour en faire un véritable outil au service des droits des doctorant-e-s.

La réglementation existante

L’arrêté du 3 septembre 1998 impose la mise en place d’une charte des thèses dans chaque établissement public d’enseignement supérieur. Elle doit être discuté dans chaque établissement et comporte les droits et devoir de tous les acteurs impliqués dans la préparation d’une thèse : doctorant-e, directeur-trice de thèse et directeur-trice de laboratoire. L’arrêté du 4 août 2006 régissant le fonctionnement des études doctorales confirme le rôle de la charte des thèses en imposant qu’elle soit signée dès la première inscription en thèse.

Le rôle des élu-e-s étudiant-e-s chercheur-e-s

La charte des thèses  présentée dans l’arrêté du 3 septembre 1998 doit être complétée par chaque établissement et voté au Commission de la recherche (CR). Les élus étudiants de la CR ont donc un rôle important pour que la charte des thèses de leur établissement protège au mieux les droits des doctorant-e-s. Si la charte des thèses d’un établissement n’est pas satisfaisante il ne faut pas hésiter à demander sa modification en CR.

Faire respecter le contenu de la charte des thèses

C’est le premier objectif des élu-e-s étudiant-e-s à la CR. La charte des thèses se limite souvent à des déclarations de bonnes intentions qui ne sont pas suivis d’effet dans les laboratoires. Les élu-e-s étudiant-e-s chercheur-e-s doivent réclamer des engagements précis dans la charte des thèses et une évaluation régulière de son application. Une commission nommée par la CR (composée d’enseignant-e-s chercheur-e-s et de doctorant-e-s) doit régulièrement vérifier l’application de la charte des thèses dans l’ensemble de l’établissement. En cas de conflit entre un-e doctorant-e et un-e directeur-trice de thèse, le médiateur doit s’appuyer sur le contenu de la charte des thèses pour régler le différend.

Le financement des thèses

La charte des thèses doit donner à chaque école doctorale la responsabilité d’accompagner les doctorant-e-s et futurs doctorant-e-s dans leur recherche de financement (bourses des collectivités territoriales, des organismes de recherche, des entreprises et de l’ANR). Cela passe par des réunions d’information dès le M1 et par un accompagnement individualisé pour les doctorant-e-s.

Les dépenses liées à l’activité de recherche (déplacement pour un colloque, achat de matériel, etc.) doivent être clairement définis et donner droit à un remboursement par le laboratoire.

La qualité de l’encadrement

La charte doit définir précisément les modalités de l’encadrement. La présentation par le ou la doctorant-e de l’avancement de ses travaux de recherche devant son directeur de thèses et son laboratoire doit être garantie chaque année.

Pour éviter les abus, la définition des contours de la thèse doit être réalisée avant la fin de la première année de doctorat.

Les moyens matériels

La charte de thèses doit placer sur un pied d’égalité les doctorant-e-s et les enseignant-e-s chercheur-e-s titulaires dans l’accès aux moyens matériel :

chaque doctorant-e doit disposer d’un bureau individuel avec les ressources informatiques nécessaires

les doctorant-e-s doivent avoir accès à tous les centres de documentations de l’établissement, y compris ceux réservés aux enseignant-e-s chercheur-e-s

Le contenu de la formation

La charte des thèses doit garantir l’accès à des formations communes à toutes les écoles doctorales mais aussi des formations spécifiques à l’orientation scientifique de chaque laboratoire.

Les compétences transversales

Les doctorant-e-s doivent avoir accès à des formations leur permettant de mener à bien leurs travaux de recherche ou d’enseignement. Ainsi chaque doctorant-e- doit avoir droit à des formations informatiques, des formations en langue, des éléments de préparation à l’insertion professionnelle. Tou-te-s les doctorant-e-s assurant des missions d’enseignement doivent être formé-e-s à la pédagogie.

Le directeur de thèse doit s’assurer que le travail de recherche réclamé au doctorant-e est compatible avec le rythme des formations transversales.  De la même façon les doctorant-e-s contraint de se salarier pour financer leur thèse doivent pouvoir bénéficier d’aménagements et de dispenses pour les formations.

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Paris 1 : les doctorant-e-s se mobilisent contre la fin de l’exonération des frais d’inscriptions !

Le 7 juillet 2015, le Conseil d’Administration de Paris 1 votait la fin de l’exonération des frais d’inscriptions pour les doctorant-e-s contractuel-le-s et ATER (vote mis à l’ordre du jour à la dernière minute). Une décision allant à l’encontre des engagements de l’équipe présidentielle lors d’une réunion ultérieure en présence des représentants des doctorants à la commission de la recherche de l’université. De plus, alors que cette mesure ne devait être appliquée à l’horizon 2016, elle fut effective dès la rentrée 2015, à la grande surprise des doctorant-e-s.

La présidence justifie cette décision par la création d’emploi pour de nouveaux ATER.  Nous nous en étonnons car d’une part cela veut dire que l’on fait reposer sur les contractuel-le-s actuel-le-s le salaire de nouveaux ATER, d’autre part, à l’heure des débats budgétaires, nous sommes toujours sans nouvelles de ces postes supplémentaires.

Il est inacceptable que les doctorant-e-s contractuel-le-s et ATER soient victimes d’un chantage à l’emploi de la part de l’université qui les emploie. L’argument consistant à montrer du doigt les contractuel-le-s comme des privilégiés est, outre l’aspect discriminatoire, un message néfaste envoyé aux étudiant-e-s chercheur-e-s de l’université, et une volonté de nivellement par le bas de la situation déjà précaire de tous les doctorant-e-s.

De plus, les doctorant-e-s contractuel-le-s et ATER sont des salarié-e-s de l’université tout autant qu’ils en sont des usagers. Ainsi nous nous questionnons sur l’aspect juridique d’une telle décision dans la mesure où celle-ci amènerait des salarié-e-s à payer leur employeur pour exercer leur fonction…

La FENEC revendique sur le plan national une exonération des frais d’inscriptions de tous les étudiant-e-s salarié-e-s par leur université.

Une intersyndicale, réunissant les élu-e-s étudiant-e-s à la commission de la recherche de l’université (FENEC-UNEF et Solidaires Etudiants) ainsi que les représentant-e-s des écoles doctorales, se mobilise actuellement afin de faire abandonner cette mesure par un nouveau vote au conseil d’administration et s’il le faut par un recours juridique.

Une assemblée générale se tiendra début décembre, avant le prochain CA de l’université, afin de réunir les doctorant-e-s autour de revendications et de moyens d’actions concrets. Nous vous tiendrons au courant sur ce site ou sur notre page facebook de cette mobilisation.

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Dossier : Financement des doctorants

Financement des doctorants

Pour tout-e doctorant-e, le financement de sa thèse est bien souvent l’une des conditions les plus importantes afin de mener à bien son travail de recherche. Il existe aujourd’hui quatre principaux financements : le contrat doctoral (délivré par l’université), la convention industrielle de formation et de recherche (CIFRE), le financement relevant d’un organisme de recherche (fondations, instituts, etc) et l’allocation délivrée par une collectivité territoriale. Il est à noter que l’ancienne « allocation de recherche » a été remplacé par le contrat doctoral, la contractualisation amenant chaque doctorant-e contractuel-le à être non plus boursier-e de son école doctorale mais salarié-e de son université.

Des financements inégaux et trop peu nombreux

D’après une étude[1] menée auprès des écoles doctorales en 2012 par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, seuls 66,6% des doctorant-e-s sont aujourd’hui financé-e-s dans le courant de leur thèse. Si le chiffre est stable depuis cinq ans et souvent vu comme positif pour le ministère, il est à nuancer pour plusieurs raisons.

En premier lieu la répartition de ces financements est particulièrement inégale selon les filières et les universités. Si les sciences dures atteignent régulièrement les 80% de doctorants financés, ce n’est pas le cas pour les sciences humaines et sociales (SHS) qui se contentent souvent d’un taux à 50% environ. Bien souvent ces inégalités s’expliquent par une vision biaisée de la recherche publique qui verrait en certaines filières une plus forte rentabilité, notamment par l’innovation industrielle.

Par ailleurs, le contrat doctoral, statut le plus protecteur parmi les différents financements (bien souvent le plus élevé notamment) n’est pas la norme à l’université. En effet, seuls 33% des doctorant-e-s inscrit-e-s en première année de thèse sont concerné-e-s par ce contrat.

Encore aujourd’hui, plus de 35% des doctorant-e-s sont privé-e-s de financement afin de mener à bien leur travail de recherche. La baisse des effectifs en doctorat, observée depuis maintenant une dizaine d’année n’est évidemment pas étrangère à cet investissement à minima dans l’accompagnement financier des étudiant-e-s-chercheur-e-s.

Notons enfin que certaines collectivités territoriales ont depuis plusieurs années proposées de financer des doctorant-e-s dans leur thèse, notamment par le biais des conseils régionaux. Ce dispositif concernait à la rentrée 2012 près de un-e doctorant-e sur dix (8% des effectifs). La baisse constante des dotations envers ces collectivités a eu pour effet de voir ces financements baisser, et donc les doctorant-e-s en payer le prix par une baisse des contrats alloués.

 

La FENEC revendique :

  • Une égalité de financement entre les différentes filières de la recherche publique
  • Un réinvestissement significatif dans le financement des thèses en augmentant le nombre de contrats doctoraux, notamment par le redéploiement du Crédit Impôt Recherche (6 milliards d’euros)
  • L’augmentation des dotations d’Etat à destination des collectivités territoriales proposant des financements de thèses (particulièrement dans les Conseils Régionaux)

 

Un financement pour toutes et tous

La charte de Grenoble, texte fondateur du syndicalisme étudiant, a au mieux définis ce qu’était un-e étudiant-e : « un jeune travailleur intellectuel ». Cette définition est particulièrement parlante lorsque l’on évoque le travail d’un-e doctorant-e, qu’il soit sous contrat ou non. Elle doit nous permettre de rappeler que dans la mesure où l’on définit l’étudiant comme travailleur, celui-ci doit être accompagné par une allocation universelle individualisée, dont l’UNEF en a fait une exigence pour tous les étudiant-e-s de France.

Recherche personnelle, communication pour des colloques, publications d’articles, organisation de séminaire doctoraux… La réalité de l’étudiant-e-chercheur-e, c’est précisément de produire quotidiennement un travail scientifique, personnel ou collectif, au sein d’une université et d’un laboratoire de recherche. L’aspect professionnel du doctorat doit aujourd’hui être reconnu afin de revendiquer à terme le financement de toutes et tous les doctorant-e-s.

L’après-financement, un parcours du combattant

Le contrat doctoral, comme la plupart des financements précédemment cités, est limité à trois ans, soit la durée aujourd’hui arbitrairement donné à la thèse. Cette limitation du financement dans le temps est profondément injuste. La durée effective d’une thèse n’est pas de trois ans, en réalité moins de 35% des doctorants soutiennent une thèse en trois ans, la moyenne se situant plutôt aux alentours de cinq ans et demie.  Après ses trois années de contrat il reste donc a priori 2 à 3 années durant lesquelles le doctorant sera particulièrement vulnérable.

Les contrats d’ATER, difficiles à obtenir car trop peu nombreux, ne peuvent être une solution sur le court terme. De plus, leur faible rémunération et leur limitation dans le temps (un an) en fait aujourd’hui l’un des statuts les plus précaires de l’université. Les années s’intercalant entre la fin du financement et la soutenance doivent donc être protégés par une systématisation des prolongements de financement à partir du moment où le doctorant ou la doctorante a reçu une dérogation afin de continuer sa thèse.

L’après-thèse est également l’occasion pour les doctorant-e-s de vivre une période difficile, notamment dans l’attente d’un premier poste dans l’ESR. Les contrats de « Post-doctorat », sont soumis à la fois aux inconvénients des contrats doctorants, à savoir sur l’inégalité de leur répartition (58% en chimie, 18% en SHS) mais également aux inconvénients des ATER en ne proposant qu’un contrat limité dans le temps et mal rémunéré.

 

La FENEC revendique :

  • Une systématisation des prolongements de financements sur simple présentation d’une dérogation d’inscription après la troisième année de thèse.
  • Une revalorisation des rémunérations concernant les contrats d’ATER et de « post-doc » pour les doctorant-e-s et jeunes docteurs-esse.

 

 

 

[1] Voir l’étude en ligne « L’état de l’enseignement supérieur et de la recherche », 2012, Ministère de l’ESR, p. 80-81 : http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/etat_du_sup_en_2013/41/6/EESR_2013_Complet_116_web+index_250416.pdf

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Dossier : encadrement et formation continue

Encadrement et formation continue

Le doctorat est la plus haute qualification dans l’enseignement supérieur et la recherche. Pourtant, il n’est accessible qu’à une minorité d’étudiant-e-s. C’est d’ailleurs pour cette raison que la France fait partie des pays qui forment le moins de docteur-e-s au sein des pays de l’OCDE. Il est donc urgent de démocratiser le doctorat. Pour assurer une formation doctorale de qualité, la FENEC se bat pour la mise en place d’un statut protecteur qui garantit des droits à l’ensemble des doctorant-e-s.

 

Un statut qui garantisse un encadrement de qualité

 

Depuis plusieurs années déjà, nous rappelons que les problématiques de financement sont en grande partie responsables des abandons de thèses. Mais ce fort taux d’échec s’explique aussi par un manque d’encadrement de celles-ci. En effet, le bon déroulement du travail de recherche est censé être garanti dans les textes par l’école doctorale qui doit veiller au respect de la charte des thèses[1], bien que celle-ci soit propre à chaque établissement. Ainsi, dans les faits, rares sont les chartes de thèses contraignantes dans le contenu que doit recouvrir cet encadrement. Aucune limitation n’est fixée quant au nombre d’étudiant-e-s que doit encadrer un directeur de thèse ni le rôle concret que celui-ci doit assurer jusqu’à la soutenance.

D’un point de vue matériel il y a également une différence entre ce que prévoient les textes et les véritables conditions de travail des doctorant-e-s, beaucoup d’étudiant-e-s n’ont pas accès à un poste bureautique, ou même à des centres de documentation.

 

La FENEC revendique :

  • La limitation du nombre de doctorant-e-s par directeur de thèses en fonction des filières, ainsi qu’une définition précise de cet encadrement (définition du rythme de rencontres régulières dès le début du doctorat par exemple)
  •  Un comité de suivi individuel du doctorant qui soit un appui pour le doctorant, comme prévu dans les premières versions du nouvel arrêté doctoral
  • Un accès pour chaque étudiant à un poste bureautique personnel, un accès internet et une couverture de tous les centres de documentation de l’université, y compris ceux réservés aux Enseignants-Chercheurs.

 

Une formation continue pour tous les étudiants-chercheurs

Avant tout étudiant, les doctorant-e-s sont aujourd’hui les grands oublié-e-s des politiques de formation continue dans les universités. La situation est aujourd’hui alarmante dans la mesure où la formation n’est plus seulement stagnante, elle se voit même menacée de reculs importants (la région parisienne a par exemple vue il y a peu sa principale structure de formation à l’enseignement supérieur, le CIES, être supprimée).

La thèse, en tant que travail scientifique individuel est bien entendu la principale échéance du doctorat. Cependant, la mise en place progressive des parcours doctoraux ces dernières années (normalisant une règlementation européenne datant du processus de Bologne[2]) peuvent être une opportunité nouvelle de revendiquer un cadre de formation continue pour les doctorant-e-s. En effet, les parcours doctoraux renvoient la thèse à une validation classique par « ECTS », la thèse comptant pour la majeure partie de ceux-ci et le parcours doctoral pour le reste.

Le cadre de ces parcours doctoraux est mis en place par les écoles doctorales (soumis à la validation de la commission de la recherche de l’université). Bien souvent ceux-ci encadrent des initiatives déjà existantes comme la participation à des colloques, la publication d’articles, voire même l’enseignement. Cependant, ces parcours doctoraux doivent être l’occasion de revendiquer la mise en place d’une formation doctorale continue par le biais de nouveaux séminaires de recherches, notamment pluridisciplinaires.

Au-delà des séminaires de recherche, les doctorant-e-s doivent avoir accès à une formation méthodologique tout au long de sa thèse afin d’améliorer ses compétences dans les différents travaux qui seront les siens : aide à la rédaction d’un article, à la communication scientifique, formation sur des outils informatiques utiles à la thèse (zotero par exemple), etc.

En outre, beaucoup de doctorant-e-s seront amenés à donner des cours soit durant leur période de thèse (D.C.E, chargés de TD), soit par la suite si leur débouché professionnel est l’enseignement. Par conséquent, il est important qu’une formation à la pédagogie soit effective, comme l’a intégré le nouvel arrêté doctoral.

 

La FENEC revendique :

  • Une formation continue pour tous les doctorant-e-s : un cadre pédagogique pour améliorer ses compétences méthodologiques nécessaires à l’écriture de la thèse mais également à la publication d’articles, la communication en colloque, etc.
  • L’accès pour tous les chargés de TD à une formation enseignante dès la première année

 

Développer la mobilité nationale et internationale

La mobilité est un élément qui joue dans l’insertion des doctorant-e-s au sein de sa communauté scientifique, sur le plan international elle est même devenue une condition déterminante. Elle lui permet d’étayer son travail de recherche, d’être en contact avec des personnalités du monde de la recherche susceptible de le faire progresser et développe l’ouverture et l’interdisciplinarité, notamment dans le cadre d’évènements scientifiques ponctuels (colloques internationaux, congrès, etc). Or, le coût important de cette mobilité (aussi bien sur le plan national qu’international) rend le processus quasi impossible dans un contexte de forte précarisation des doctorant-e-s. Dans ce contexte il est désormais urgent de mettre en place une aide universelle à la mobilité.

Sur le plan international, les doctorant-e-s, en dehors de la possibilité d’obtention de (rares) bourses à l’étranger, est soumis à la décision du collège des écoles doctorales de son université, se réunissant annuellement autour des différents projets présentés. La forte baisse des budgets alloués à ces mobilités ont rendu ces projets difficiles à réaliser dans la mesure où beaucoup de sommes accordées (lorsqu’elles le sont) ne peuvent couvrir les frais de déplacement dans leur intégralité.

Au sein même des universités françaises, les remboursements de frais de transports sont encore aujourd’hui difficiles à imposer à chaque école doctorale. Ceux-ci sont pourtant primordiaux afin que chaque doctorant-e puisse se déplacer lors d’évènements scientifiques le concernant.

 

La FENEC revendique :

  • Le remboursement systématique des frais de transports liés au travail de la thèse, que ce soit dans le cadre de la communication scientifiques ou de recherches extérieures à la ville où est implantée l’université.
  • Une aide universelle à la mobilité permettant à chaque doctorant-e de pouvoir se rendre à l’étranger, au moins une fois dans le courant de sa thèse, afin d’approfondir ses recherches dans une université locales et pouvant lui permettre de progresser dans son travail.

 

[1] Voir le texte de la charte des thèses type, article 3, « Encadrement et suivi de la thèse » : http://www.education.gouv.fr/bo/1998/36/sup.htm

[2] Voir ici le « Communiqué de Bergen » relatif à l’avancement des négociations sur le processus de Bologne, p. 4, IV : « la création d’opportunités pour des parcours flexibles de formation dans l’enseignement  supérieur, y compris l’existence de dispositions pour la validation des acquis » http://www.ond.vlaanderen.be/hogeronderwijs/bologna/links/language/2005_bergen_communique_french.pdf

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Arrêté doctoral : où en sommes-nous ?

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Dessin : Colcanopa

A la suite de la promulgation de la loi Fioraso en juillet 2013, l’arrêté doctoral devait être révisé, de manière à y introduire les éléments apportés par loi, tels que la création d’un comité de thèse et de l’encadrement du nombre de doctorants par directeur de thèse.

Le projet présenté à la communauté universitaire en avril dernier est timoré sur ces derniers points, renvoyant à des décisions ultérieures.

En revanche, il introduit un point qui n’était initialement pas à l’ordre du jour, et qui a provoqué de vives réactions : la limitation à trois ans maximum de la durée de thèse.

Que dit l’arrêté exactement ?

Arrêté doctoral 2006 (article 15) Arrêté doctoral 2015 (article 14)[1]
« La préparation du doctorat s’effectue, en règle générale, en 3 ans. Des dérogations peuvent être accordées, par le chef d’établissement, sur proposition du directeur de l’école doctorale et après avis du directeur de thèse et du conseil de l’école doctorale, sur demande motivée du candidat. » « La préparation du doctorat s’effectue, en règle générale en 3 ans maximum.

Le doctorat peut être préparé à temps partiel par des salariés non financés pour leur formation doctorale, sur une durée maximale de six années, sur décision prise dans les mêmes conditions que celles prévues au 1er alinéa de l’article 11.

Des dérogations, dans la limite de 2 années supplémentaires, peuvent être exceptionnellement accordées par le chef d’établissement, sur proposition du directeur de l’école doctorale et après avis du directeur de thèse, du comité de suivi individuel du doctorant et du conseil de l’école doctorale, sur demande motivée du candidat. »

Traduction : « C’est trois ans. Si vous avez de vraies raisons de prolonger votre thèse, vous aurez deux ans. Et si vous êtes pauvre, on ne vous financera pas et on ne vous donnera pas les moyens de réussir votre thèse, mais vous aurez 6 ans, point barre. Par contre, c’est exceptionnel, hein !»

En réalité, sanctuariser le droit de reconduite de la thèse pour les doctorants salariés, qui seront donc protégés par la loi, peut être une avancée positive. Mais pourquoi ne pas prendre le problème par l’autre bout, et leur donner les moyens de boucler leurs travaux plus rapidement ? Et surtout, pourquoi passer de « 3 ans en règle générale » à « 3 ans maximum » ?

Trois ans, est-ce vraiment la norme ?

Cette décision est déconnectée de la réalité du doctorat. En réalité, la durée moyenne de thèse est de quatre ans, toutes disciplines confondues. Notons que les inégalités sont fortes entre les différents domaines :

  • Pour les « sciences dures », la durée moyenne des thèses est de 42 mois (3,5 années).
  • Pour le domaine de la vie, de la santé et de l’environnement, la durée moyenne est de 45 mois (3,7 années).
  • Enfin, pour les SHS, la durée moyenne des thèses est de 63 mois (5,25 années)[2].

Obtenir son doctorat dans un délai de trois ans relève donc de l’exceptionnel plutôt que de la norme.

Limiter les possibilités de reconductions de thèses aura donc deux dommages collatéraux : à la fois augmenter le taux d’échec, et de creuser considérablement les inégalités.

QUELLES CONSÉQUENCES ?

Un risque d’augmentation du taux d’échec en doctorat

Devoir boucler sa thèse en trois ans maximum signifie que personne n’aura droit à l’erreur, que chacun devra finir ses travaux dans l’urgence, quitte à en sacrifier la qualité. De fait, le taux d’échec augmentera par rapport à la situation actuelle.

En ce qui concerne les étudiants dont la situation personnelle aura freiné l’avancement de leur thèse, les possibilités de dérogation seront beaucoup plus faibles, de par leur caractère « exceptionnel ».

Une limitation des types de publics candidats au doctorat

Le deuxième effet de cette disposition est la limitation des profils de doctorants. Les contraintes sont nombreuses pour réussir en doctorat, et les facteurs d’échec extérieur au doctorat sont conséquents. La dernière version du nouvel arrêté revient sur un seul type de facteur d’échec susceptible de revenir sur la réussite, celui du salariat de doctorants non-financés. Quid de tous les autres publics de doctorants, tels que les étudiants atteints de maladie spécifiques, ou les doctorants contraint d’effectuer un congé maternité ? Sans atteindre ces extrêmes, certains doctorants peuvent avoir besoin de plus de temps pour réussir leurs travaux de recherche. Tout cela dépend fortement des prédispositions de chacun.

 

Une aggravation des inégalités

Le manque de financement et l’encadrement des doctorants dans la conduite de leurs travaux, qui sont les principales sources de l’allongement de la durée de thèse, varient en fonction du domaine d’étude, du genre, de la situation sociale, de l’origine géographique de chacun. La restriction à trois ans de la durée de thèse touchera donc différemment les doctorants. Pouvons-nous réellement nous résigner à garder encore une recherche publique faite d’hommes, blancs, scientifiques – des bonnes écoles, s’il vous plaît – et issus de milieux favorisés ?

QUELLES SOLUTION ?

Porter des solutions au décrochage

Faut-il, en soi, refuser de tendre vers la norme des 3 ans de thèse ? Non, bien sûr : retarder l’obtention du diplôme, c’est repousser l’âge d’insertion professionnelle, maintenir des jeunes dans une situation précaires, et enfin c’est un coût pour les universités.

Simplement, ce n’est pas en l’imposant dans un texte d’arrêté qu’elle se fera dans les faits, mais en prenant le problème par l’autre bout : comment mieux encadrer, mieux financer, et gommer les inégalités ? En somme, comment protéger les doctorants ?

Si la réponse apportée à l’échec en doctorat est la limitation de la thèse dans le but de ne garder que les profils capables de réussir dans les temps, alors il s’agit d’un aveu d’échec du service public de la recherche. Il s’agirait finalement de faire porter la responsabilité de l’échec sur le doctorant, en tant qu’individu, en faisant fi de l’ensemble des problèmes liés à l’organisation même de la formation doctorale. La responsabilité même du service public est la réussite de tous. Telle doit être son cap. Et les réponses à apporter doivent être tournée dans un sens unique : comment inclure plus d’étudiants dans le doctorat, et comment les faire réussir ?

Devant nous, c’est l’enjeu historique d’augmenter le niveau de qualification de notre génération, de développer les savoirs et savoir-faire de notre société, et d’engendrer une dynamique de progrès social.

Automaticité de la reconduction de la thèse

Le doctorat est souvent perçu comme un diplôme élitiste destiné à une infime catégorie d’étudiants dont les profils seraient exceptionnels. C’est cette image que nous devons briser. Nous exigeons au contraire l’automaticité de la reconduction de thèse, et un meilleur accompagnement pour que chacun puisse terminer sa thèse dans de bonnes conditions.

A court terme, nous exigeons le retour à la formulation de l’arrêté doctoral de 2006.

La limitation à 3 ans de la durée de thèse a provoqué un tollé au sein de la communauté universitaire, et la publication de l’arrêté a été reportée de quelques mois. La mobilisation continue, chacun-e y a sa place !

[1] Dans la version présentée au CNESER en avril 2015.

[2] Evaluation des écoles doctorales par l’AERES, vague D, 2010. http://www.aeres-evaluation.fr/Publications/Analyse-des-evaluations-etudes/Syntheses-d-evaluation

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